Comment l’Islam est-il entré en Afrique ?

Comment l’Islam est-il entré en Afrique ?
Comment l’Islam est-il entré en Afrique ?

Si le Maghreb est musulman à plus de 99%, cela n’est pas le cas dans la plupart des autres pays africains. On l’a vu à travers la biographie de Chinua Achebe et la guerre du Biafra, les différences religieuses et les tensions entre les communautés sont même à l’origine de la plupart des conflits inter-africains (en nuançant, bien sûr, du fait que les différences religieuses servent à focaliser d’autres désaccords).

Il n’y a pas de réponse unique à la question « Comment l’Islam est-il entré en Afrique » ? Par la conquête et la guerre, par le commerce, voir même, en Afrique du Sud, par l’esclavage. Cette pénétration a pris environ dix siècles pour arriver au Cap de Bonne Espérance.

Il est particulièrement intéressant, aussi, d’étudier comment l’Islam cohabite avec d’autres religions, comme au Nigéria, ou pas, comme au Soudan, qui s’est finalement séparé en deux pays, les sud-soudanais, chrétiens et animistes, se séparant des musulmans du nord.

Les premières conquêtes de l’Islam : l’Egypte et le Maghreb

La conquête de l’Afrique du Nord et du Maghreb commencera après la mort du Prophète Mohamed (paix et bénédiction sur lui), et sera le fait de deux Califes, Omar, qui fera la conquête du nord de l’Egypte, et après Othman, Ummeya, le premier des Ommeyades, stabilisera la conquête du Maghreb et lancera les troupes de Tarik à l’assaut de l’Espagne et de l’Europe. En 732, c’est l’arrêt de Poitiers. En 1492, la Nakhba, l’expulsion d’Espagne.

En Egypte, la conquête commence à la fin de 639, quelques jours avant l’Aïd. Elle durera trois ans, au bout desquels le pays est conquis jusqu’aux frontières de la Nubie. Les Égyptiens, chrétiens, les Coptes, se sont rapidement alliés aux musulmans, et leur non-intervention a été déterminante dans la rapide victoire des troupes d’Omar contre les Byzantins.

La salle de prière de la mosquée Al Azhar

La salle de prière de la mosquée Al Azhar – Photo CC BY NC SA d’Alessio Corsi

En 969, la dynastie des Fatimides fondera Le Caire, la nouvelle capitale, et la mosquée Al-Azhar, qui est encore aujourd’hui une des plus grandes universités islamiques, et une source essentielle de droit, en 970.

Le Maghreb

Après la mort d’Omar, les musulmans sont installés en Egypte, et sur la frange côtière de la Lybie. La conquête recommence après la fin de la guerre avec Ali et Hussein, elle est menée par les Ommeyades.

Elle sera menée de façon très rapide, mais sera loin d’être facile. Dans de nombreux villages, les populations locales se convertissent extrêmement facilement, et accueillent les musulmans comme des libérateurs, qui les libèrent du joug romain.

Mosquée tunisienne

Mosquée tunisienne – Photo CC BY ND de Robert Rybnickar

Néanmoins, les mêmes populations ont du mal à accepter le joug arabe. Des tribus se re-convertissent, parfois plusieurs fois. La résistance de la Kahina, la reine berbère est devenue mythique.

Peu à peu la situation se stabilise, et vers 850 – 900, le Maghreb est devenu définitivement musulman.

L’expansion intra-africaine

A partir de là, l’expansion musulmane va changer de nature. En effet les conquêtes suivantes vont être le fait des populations locales. Si des tribus arabes pourront être appelées en renfort, elles n’auront pas une place prépondérante par rapport à d’autres troupes étrangères, comme les Ghanéens qui seront les troupes d’élite des sultans du Maroc.

Mosquée de la Divinité à Dakar

Mosquée de la Divinité à Dakar – Photo CC par Jeff Attaway

Les conquêtes sont d’ailleurs à double sens… on oublie souvent que les Almoravides, ceux qui ont unifié le plus grande empire musulman d’Afrique, qui allait de la Tunisie au Maroc, et du Nord de l’Espagne à Tombouctou, étaient une tribu nomade originaire de Mauritanie, et que leur base initiale était située sur une île au large du Sénégal …

Il ne s’agit plus d’ailleurs à proprement parler de conquêtes musulmanes, mais de conquêtes qui, selon le parti victorieux, permettent ou pas, l’expansion de l’Islam.

Cette expansion « politique » s’arrête en Afrique noire, généralement au nord de l’équateur.

Les échanges commerciaux

Les troupes d’Omar s’étaient arrêtées en Nubie (une région aujourd’hui à cheval entre le sud de l’Egypte et le Soudan). Un traité fut signé, et les échanges commerciaux s’intensifient. A travers de ces échanges, de plus en plus de nubiens (coptes et chrétiens d’orient) se convertissent, et c’est en 1350 que l’église royale nubienne est remplacée par une mosquée.

Mosquée Al Nour à Khartoum

Mosquée Al Nour à Khartoum – Photo CC BY SA de Usama Mohammed

C’est l’origine de la culture swahilie, qui est issue du métissage entre les population d’Afrique de l’Est et les populations arabes, qui elles viendront d’Afrique du nord, ou plus régulièrement, via les caravanes qui traversent la Mer Rouge.

Le Sultanat de Zanzibar marquera l’âge d’or de cette période. Il prendra fin avec le protectorat anglais, en 1840.

Les routes commerciales allaient autant vers le nord que vers le sud, mais ne descendait pas jusqu’à la pointe de l’Afrique Australe.

L’arrivée des esclaves asiatiques

Or il existe en Afrique du Sud une importante colonie musulmane dans la ville du Cap. Ce sont des Malais, qui furent amenés comme esclaves par les hollandais, qui avaient des colonies en Asie. Pays asiatiques qui s’étaient d’ailleurs convertis pacifiquement à l’Islam, là aussi à travers les contacts commerciaux.

Mosquée à Bo-Kapp, le quartier musulman du Cap

Mosquée à Bo-Kapp, le quartier musulman du Cap – Photo CC BY NC SA de Charles Fred

Les Malais du Cap sont connus pour avoir développé une culture très particulière, qui assimile heureusement les différentes influences auxquelles ils ont été confrontés.

Des cultures musulmanes très variées à travers un grand continent

Arrivé à des époques diverses, confronté ou pas à des religions chrétiennes pré-existantes, religion majoritaire et d’état ou religion minoritaire, l’Islam, tout en restant toujours fidèle à ses principes religieux, s’est teinté de cultures très variées. Il est loin d’avoir un seul visage. Ainsi, dans certains pays, le soufisme est très présent.

Des traditions pré-islamiques, comme l’excision, sont encore pratiquées dans certains pays, comme l’Egypte, alors qu’elles sont totalement inconnues ailleurs.

Les tensions entre musulmans et non musulmans sont le plus souvent des tensions tribales et politiques, et des conflits hérités de la décolonisation, ou des prétextes, car, dans de nombreux pays africains, l’Islam vit en paix avec ses voisins.

Et nous souhaitons donc « Joyeuses Pâques » à nos frères juifs et chrétiens.

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