L’Afrique à l’heure de Daech : une redistribution des cartes ?

L’Afrique à l’heure de Daech : une redistribution des cartes ?
L’Afrique à l’heure de Daech : une redistribution des cartes ?

L’avancée de Daech, qui prouve tous les jours sa capacité à administrer par la terreur un territoire, le transformant peu à peu en « état » digne des pires dictatures communistes ou d’extrême-droite remet en cause les équilibres et les alliances traditionnelles.

Aqmi, Boko Haram étaient finalement des organisations terroristes ou rebelles comme les états africains de la zone en ont connu de nombreuses. Daech est un état conquérant, qui sera sans doute détruit par son ambition démesurée mais qui, en attendant, a déjà prouvé sa capacité à conquérir des territoires et à s’y ancrer autrement que dans un mode guérilla.

Le Maghreb peine à s’unir contre Daech

Comme on l’a dit en d’autres occasions, il faut savoir choisir entre ses ennemis héréditaires.

Aux confins moyen-orientaux de l’Afrique, les États-Unis ont imposé à Israël l’accord sur le nucléaire iranien, tandis que l’Égypte fait les yeux doux à ce même Israël, via ce feuilleton de Ramadan intitulé « La Rue des Juifs ». S’il donne le rôle de méchant à l’état sioniste (on ne peut quand même pas totalement retourner sa veste), les juifs non sionistes sont présentés de façon très positive, tandis que le « plus méchant de tous » est l’organisation des Frères Musulmans (au mépris de la vérité historique).

La nécessité de faire face aux attaques dans le Sinaï et de garder un no-man’s land commun à l’abri de toute implantation définitive de Daech vaut bien quelques compromissions télévisuelles.

A l’inverse, l’Algérie, plutôt que s’attaquer de face au problème du terrorisme islamiste, endormi mais pas éradiqué après les années de terreur, préfère, dans un délire qui pourrait faire croire à la consommation d’alcool pendant Ramadan, accuser le Maroc d’avoir fomenté en sous-main les événements de Ghardaïa, prétention qui fait rire le Maroc sans convaincre les algériens, et qui n’est, finalement qu’une réponse du berger aux accusations qui ont suivi les événements de Laayoune en 2011.

Le chancre libyen, créé de toutes pièces par une intervention irresponsable de l’Occident, en particulier de la France, qui avait imaginé qu’il suffisait d’envoyer un philosophe en col blanc romantique pour restaurer la démocratie dans un pays déstructuré par quarante-deux ans de dictature de Khadafi inquiète tous ses voisins, particulièrement la Tunisie, qui appelle à l’intervention militaire en Libye et veut construire un mur de séparation, à l’instar du mur entre Israël et les colonies.

Les objectifs de conquête de Daech en Afrique

Pour l’instant, les objectifs de conquête de Daech se concentrent sur le Maghreb et le Moyen-Orient. Les dernières annonces indiquent une volonté de conquérir l’Algérie et le Maroc, qui devrait pousser ces deux pays à enfin régler le conflit du Polisario pour avoir les mains libres et collaborer contre un ennemi immédiatement menaçant.

La carte des objectifs de Daech

Les objectifs de Daech : un califat sur trois continents

Mais l’Algérie n’est plus dirigée, Bouteflika reste aussi absent de la scène politique que Fidel Castro en ses dernières années, le reste du gouvernement se comportant comme des petits fonctionnaires administrant mal les affaires courantes, incapables de se confronter aux véritables problèmes ou, au moins, de provoquer des élections pour avoir, finalement, autre chose qu’un dirigeant fantôme.

L’alliance de Daech et de Boko Haram permettra à Daech un contournement facile, s’il ne parvient pas à ses fins au Maghreb, il pourrait arriver à l’Atlantique plus au sud, remontant ensuite pour prendre le Maroc et l’Algérie en tenaille.

Comment lutter contre Daech ? L’atout des zaouïas

Une union sacrée ne verra sans doute malheureusement pas le jour. Entre la ligue arabe, l’Union Africaine, la tentative de force commune arabe pour intervenir au Yémen, qui n’a pas fait long feu….

Le Panarabisme – panafricanisme a pu vivre deux ans, avec Nasser. Depuis, il a enfanté des monstres comme Khadafi ou Daech, dont le califat peut être perçu comme un rêve panarabe.

Or il existe en Afrique, en particulier au Maghreb, mais jusqu’en Afrique Noire, une structure religieuse particulière dont la puissance est encore réelle, qui pourrait aider à lutter efficacement contre Daech, si seulement les gouvernements acceptaient, au moins pour certains, de pactiser avec ceux qu’ils considèrent comme un ennemi.

Les zaouïas, ou les « confréries » sont des organisations religieuses très particulières. Imaginons un réseau d’abbaye du Moyen-Âge dont les abbés se transmettraient la direction de père en fils en ayant le pouvoir de faire des miracles on aura une idée du caractère politique à la fois réel et totalement en dehors des cadres plus ou moins démocratiques du continent.

Les zaouïas sont, pour la plupart, rattachées au soufisme, le courant mystique de l’Islam, qui est tout sauf vu en odeur de sainteté par les salafistes et les intégristes religieux. La pratique du Dikr, la mystique qui tend à une relation intime avec le divin, lié le plus souvent à une vision humaine de l’interprétation de la charia en font les ennemis à abattre au même titre que les gouvernements.

Le problème, c’est que les gouvernements eux-mêmes se méfient énormément des zaouïas, dont le pouvoir moral peut les mettre en difficulté.

Pour faire référence à un feuilleton bien connu, comment lutter contre l’hiver à venir ? Et faire alliance avec les zaouïas contre les extrémismes, n’est-ce pas le meilleur moyen de se faire, à terme, renverser ou contraindre par une autorité encore très respectée ?

Et si la force de Daech était la faiblesse et l’incapacité millénaire de l’Afrique à faire front, d’un seul bloc ?

Articles connexes

2 Responses Entrées suivantes »

  1. Non pas vraiment. Le Maroc se méfie énormément des zaouïas comme pouvoir politique, car il est concurrent à celui de l’état. La formation des imams va dans le sens de l’encadrement du discours religieux par l’état, ce qui est différent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *