Pour un accouchement facilement médicalisable

Pour un accouchement facilement médicalisable
Pour un accouchement facilement médicalisable

C’était une pause café avec quelques collègues, on parlait de beaucoup de choses, quand une remarque m’a hérissé le poil sur la tête (ce qui me l’a – au moins temporairement – défrisé).

Cette modification capillaire était due au décalage entre la réalité africaine que je connais et l’image qu’en avait cette charmante collègue, légèrement bobo et « envieuse » d’une situation naturelle, dont elle n’imagine pas les dures réalités, protégée qu’elle est par les avantages d’une civilisation occidentale riche et protectrice, dans un pays correctement médicalisé.

Dans une émission, j’ai vu le témoignage d’une femme qui a accouché en forêt, seule avec sa famille et une sage-femme. Je trouve génial de démédicaliser l’accouchement comme ça, de revenir à une pratique naturelle. Comme les femmes africaines qui partent accoucher dans la brousse et reviennent au village comme si de rien n’était !

Dire cela, c’est faire preuve d’une inconscience totale. Grâce à ces accouchements « naturels », l’Afrique est le pays avec la plus forte mortalité natale et périnatale, le continent qui connait le plus d’éclampsie et de fistules obstétricales

Accoucher naturellement, c’est merveilleux tant que tout se passe bien. Mais quand cela commence à être « moins simple », la médicalisation immédiate, celle qu’on a à proximité et pas après plusieurs heures de route, est souvent le meilleur moyen de sauver la mère et l’enfant, ou, au moins de leur éviter des complications souvent dramatiques.

En Afrique sub-saharienne, une femme sur trente-neuf meurt au cours de la grossesse, de l’accouchement ou des complications qui suivent celui-ci. Le taux de mortalité maternelle est de 640 sur 100.000 naissances. Dans les pays développés, il est de l’ordre de 14 pour 100.000

L’éclampsie

L’éclampsie est une des complications les plus fréquentes et les plus meurtrières quand elle n’est pas traitée à temps. C’est une crise de convulsions qui survient suite à une hypertension artérielle généralement accompagnée d’urémie.

En Afrique, l’éclampsie va survenir dans une grossesse sur 2000 et se solde par un taux 30 % de décès maternel et 20 % de mortalité foetale et néonatale. C’est la principale cause de mortalité maternelle. Les chiffres sont très variables d’un pays à l’autre, allant d’une incidence de 9% au Maroc à 36% au Bénin, mais ils sont très largement supérieurs ) ceux despays occidentaux (0,05% au maximum).

Quand la crise d’éclampsie survient, le traitement consiste à faire chuter l’hypertension et à faire une césarienne immédiatement pour éviter au bébé une souffrance foetale le plus souvent fatale.

Par ailleurs, une surveillance médicale correcte durant la grossesse permet de détecter la pré-éclampsie (donc la montée d’hypertension) et de la traiter avant que la crise survienne.

La fistule obstétricale

La fistule obstétricale une des formes les plus sévères de l’incontinence urinaire, et une des plus invalidantes. Elle survient au bout d’un accouchement trop long, lorsque le travail a duré plusieurs jours, sans une intervention chirurgicale. Le foetus est généralement décédé au bout de deux ou trois jours, mais la mère aura du lutter plus longtemps encore pour l’expulser.

Si elle survit, elle risque la fistule : les tissus ont été trop longtemps comprimés par la tête du bébé contre les os du bassin, ils se sont nécrosés et détruits. Il y a une communication entre le canal urinaire et le vagin, et la femme ne peut absolument plus contrôlé ses urines.

Femme souffrant d'une fistule urinaire

Les conséquences de la fistule obstétricale

Les femmes ayant ce problème sont le plus souvent totalement ostracisées, elles sont perçues comme sales, malodorantes. En plus d’un problème de santé grave, elles souffrent d’une relégation sociale, elles peuvent même être chassées de leur famille et / ou de leur village.

Près de deux millions de femmes vivent avec une telle fistule

Comment lutter contre la fistule obstétricale ?

Tout d’abord, en n’accouchant pas « toute seule dans la forêt ». La principale cause de cette infirmité est un accouchement beaucoup trop long.

En permettant aux femmes d’accoucher dans un environnement médicalisé ou à proximité d’un hôpital ou d’un dispensaire, on leur donne la chance de pouvoir bénéficier d’une césarienne à temps, si c’est nécessaire. Le bébé survit et la maman n’a pas de fistule.

Quand la fistule est déjà survenue, une chirurgie réparatrice simple permet de guérir entre 60% et 90% des femmes, selon la complexité de la fistule.

Enfin, l‘Unicef et l’OMS organisent des programmes de prévention et de sensibilisation pour lutter contre les facteurs culturels qui favorisent l’apparition de la fistule :

  • mariage et grossesses trop précoces
  • certaines formes d’excision et particulièrement l’infibulation
  • certaines pratiques traditionnelles

Les programmes des Nations Unies

La réduction de la mortalité maternelle est un des objectifs du Millénaire. Parmi toutes les actions de l’OMS et des Nations-Unies, celle qui consiste à construire des « Maisons des Mères » est une des plus remarquables.

L’Unicef et le programme « Maternité sans risque »

L’éclampsie, la fistule et d’autres problématiques ont lieu principalement parce que les grossesses ne sont pas suffisamment médicalisées.

Le manque d’examens pendant la grossesse et surtout le manque de possibilités d’intervention rapide pendant l’accouchement aggravent les facteurs non médicaux, particulièrement la précocité des grossesses et la pauvreté.

Les Maisons des Mères sont des établissements ruraux, construits dans des villages ou des petites villes qui ne disposent pas d’un hôpital. Bénéficiant d’un dispensaire, d’une ambulance et d’un personnel formé au suivi de l’accouchement, à la détection des urgences (formation de type sage-femme), elles peuvent accueillir pour quelques jours la future maman et quelqu’un de sa famille, généralement le père.

Ce dispositif permet de proposer un environnement « léger » et peu couteux par rapport à une maternité, mais avec des solutions pour une intervention beaucoup plus rapide que dans les villages, en cas de besoin.

Le séjour de la future maman est aussi l’occasion de lui donner une formation de base sur la façon de s’occuper de son bébé et, souvent, de lui donner des vêtements, quelques jouets….

En général, les maisons des mères hébergent entre 600 et 1.000 femmes par an. Plus de la moitié d’entre elles bénéficieront d’une intervention médicalisée, soit sur place, soit en étant transportées à l’hôpital. On peut donc estimer qu’une maison des mères permet de sauver plus de 250 vies par an…

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4 Responses Entrées suivantes »

  1. Les infos ici sur cette page sont bien intéressantes. J’ai vraiment bien aimé, un article qui est bien écrit et nous permet d’en savoir un peu plus sur le sujet. Bien vu !

  2. Hum, d’où sortent tous ces chiffres ?
    Que veut dire en Afrique ?
    Tous les pays du continent africains confondus ?
    Pour quel période ?
    Depuis quand est-on capable de telles prouesses statistiques sur un espace aussi disparate et sans organisation centralisée ?
    Et quand on sait comment l’OMS cuisine ses chiffres … on n’a pa envie d’en manger deh !
    Dire qu’il y a une prévalence d’éclampsie de 36 % au Bénin me parait par exemple totalement invraisemblable.36 % de quoi déjà ? Ce n’est même pas clair.
    Aussi il faudrait faire la différence entre la mortalité mère/enfant comptabilisée au cours des accouchements en milieu hospitalier par rapport à celle constatée hors structure hospitalière.
    On aurait peut être des surprises si on était capable de faire ce comptage.
    Il est patent qu’un grand nombre de problèmes en Afrique sont dus en fait à la médicalisation de l’accouchement. Certains hôpitaux sont de véritables abattoirs.
    Les structures simples de proximité avec des sages femmes expérimentées et non endoctrinées par les dogmes médicaux sont par contre une excellente chose.
    L’humanité n’a pas attendu d’avoir des cliniques pour que les femmes commencent à accoucher.
    Et par dessus tout, n’est-ce pas la dureté de la vie qui explique bien des choses avant d’entrer dans les subtilités médicales ?

  3. Bonjour Monsieur Rodmacq.

    Pour répondre à vos questions…

    « que veut dire en Afrique » ? Eh bien sans doute la même chose que l’expression que vous utilisez dans le titre de votre site « Business en Afrique ». A moins que vous même utilisiez des expressions dont le sens vous semble peu clair ?

    « tous les pays du continent africain confondus » ? oui, avec ensuite des disparités par pays dont certains exemples sont donnés dans l’article. La légitimité d’une statistique globale peut effectivement être questionnée, mais néanmoins, elle permet des comparaisons « zone à zone », « continent à continent », qui ont le mérite d’ouvrir la voie à des analyses plus approfondies.

    « on sait comment l’OMS cuisine ses chiffres » , libre à vous d’avancer – sans preuve – des théories complotistes, vous avez toutes les sources en bas de l’article.

    « la prévalence de quoi » ? L’explication se trouve deux lignes au dessus.

    Enfin, il me semble curieux de partir dans une diatribe contre les hôpitaux sur un article qui justement parle de ces « structures simples de proximité ».

    Non, l’humanité n’a pas attendu d’avoir des cliniques pour que les femmes commencent à accoucher. Mais le taux de mortalité natale et post natale a drastiquement chuté à partir du moment où on a amélioré le traitement médical des complications, en particulier des éclampsies, qui tuaient encore avec régularité dans l’Europe des années 20 et 30, alors que les mères avaient, globalement, une vie bien moins dure que la « moyenne » des femmes africaines. La question n’est pas d’accoucher, elle est que la mère et le bébé survivent à l’accouchement.

    Et bien sûr – mais pas par dessus tout – la dureté de la vie explique bien des choses. La dureté de la vie inclut, je me permets de vous le signaler, le fait de ne pas avoir accès à des soins de qualité. Et je ne vois pas dans l’article de « subtilités » médicales, mais des actions simples visant à pallier à des problèmes graves qui affectent la vie d’êtres humains.

    Tout à fait hors sujet, je vous souhaite la bienvenue sous notre arbre à palabres. Il serait bon, néanmoins, de vous asseoir parmi nous avec un peu plus de cordialité et de courtoisie. Nous autres, africains, subsahariens ou pas, y sommes très sensibles. Un « bonjour » n’a jamais fait de mal…

  4. Bonjour,

    je trouve que c’est bien un commentaire de mec. Et de mec blanc, riche et privilégié qui vient se permettre de critiquer ce qui se passe en Afrique alors qu’il essaye d’y faire du business.

    Monsieur Rodmacq, le jour où vous aurez vécu ce qu’est une fistule urinaire, le jour où vous aurez vu une mère de famille déjà nombreuse mourir parce que la première structure de soin, même « pourrie » est à des kilomètres de piste, on en reparlera !

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