Le Kenya veut relancer la production de café

Le Kenya veut relancer la production de café
Le Kenya veut relancer la production de café

Bon élève, avec un taux de croissance important qui se maintient au delà de 5% / an malgré la chute des revenus touristiques, le Kenya développe à la fois son industrie, ses services et son agriculture. Bien que la part de l’agriculture baisse légèrement, le secteur agricole représente encore environ un quart du PNB. Cette part importante de l’agriculture est d’autant plus remarquable que les terres cultivables ne représentent que 15% de la surface totale du pays.

Pour soutenir sa croissance et pallier, entre autres, la baisse des revenus touristiques liés aux attentats terroristes, le Kenya mise sur un développement important de sa production de café. Ou plutôt sur un re-développement, car les niveaux de production actuels – environ 40.000 tonnes par an – sont très éloignés des 130.000 tonnes de la fin des années 80. L’objectif de 60.000 tonnes pour 2017 apparaît donc, au choix, comme très ambitieux (+50%) ou relativement modeste.

Une agriculture commerciale à côté d’une agriculture vivrière

Environ la moitié de la production agricole du Kenya est une agriculture de subsistance, destinée à la consommation directe par l’exploitant. C’est aussi le cas des cultures de patates douces, promues par le gouvernement malgré de grosses difficultés, et de la majorité des élevages de volaille.

Entre deux serres, la récolte de roses est transportée pour l'expédition

Les 127 fermes de fleurs du Kenya font vivre près d’un demi-million de personnes

L’autre moitié de la production agricole du Kenya se concentre sur trois cultures de rente, avec des prospectives assez différentes :

  • la production horticole, très importante (les roses kényanes représentent 75% des roses vendues sur les marchés européens et l’ensemble des fleurs coupées exportées par le Kenya font plus du tiers des fleurs coupées vendues en Europe), est à la fois fortement polluante, trop dépendante des aléas climatiques et menacées par des maladies difficiles à maitriser dans les grandes serres trop spécialisées ; elle fait vivre environ 500.000 personnes qui travaillent pour des fermes très concentrées autour du lac Naivasha , à quatre-vingt-dix kilomètres au nord de Nairobi
  • la production de thé est, en termes d’exportation, aussi importante que la production horticole ; elle bénéficie en effet de conditions climatiques très favorables ; quarrante-neuf variétés de thé sont cultivées sans utilisation de produits chimiques ; la production est générée à 60% par de petites exploitations, le Kenya exporte chaque année plus de 320.000 tonnes de thé ;
  • la production de café est encore plus décentralisée, puisque 70% du café est produit par de petits fermiers ; le café « colombien » cultivé au Kenya donne des cafés de grande qualité, très recherchés dans le monde mais, malgré cette qualité, le pays reste un petit producteur.
Une femme présente sur une table les différents qu'elle cultive

Dégustation dans une plantation de thé près de Lamuru, au Kenya

Du thé au café

Paradoxalement, alors qu’il est voisin de l’Éthiopie, où la légende situe la naissance du café, le Kenya n’a commencé à cultiver du café que très tardivement, celui-ci ayant été introduit par des missionnaires français à la fin du XIX° siècle seulement.

Le thé est arrivé encore plus tard ! C’est en 1903 que les premiers théiers ont été plantés à Limuru, en 1924 que la commercialisation a commencé. Aujourd’hui, le Kenya est le troisième exportateur de thé mondial, derrière la Chine et l’Inde, largement devant le Sri Lanka.

En tant que producteur de café, le Kenya est aujourd’hui au 17° rang mondial et serait 3° derrière le Brésil et le Vietnam s’il avait conservé les niveaux de production des années 80.

Baies de café étalées sur des séchoirs

Café en train de sécher au soleil dans une ferme

Il est donc beaucoup plus intéressant pour le Kenya de soutenir une production qui a un fort potentiel de croissance, plutôt que le thé, où il est déjà dans le peloton de tête et pour lequel tout gain de part de marché demanderait des efforts très importants.

Les enjeux de la production de café

Sachet de café kenyan haut de gamme

Café kenyan AA : le top du top !

Le pari sur le café est d’autant plus intéressant que le café kenyan est un arabica de grande qualité comme celui-ci, fruité et savoureux. Le Kenyan AA, qui est la plus haute qualité, se vend à plus de 375$ les cinquante kilos à la bourse café à Nairobi, la Wakulima House.

Alors d’où vient la chute drastique de la production ? Essentiellement, semble-t-il de problèmes politiques (une expression pour parler de corruption et d’incapacité) et de problèmes techniques.

La spéculation foncière et la volatilité des prix du marché ont causé beaucoup de tort aux petits producteurs, cassant en partie la confiance dans une culture qui a beaucoup coûté à nombre d’entre eux. Par ailleurs, quand les prix ont commencé à remonter, à cause des tensions sur le marché international, une véritable guerre du café s’est déclenchée, avec de très nombreux vols.

Un article en anglais raconte un cas de 2012 où un vol qui a conduit à des morts a été en réalité organisé par des propriétaires de la région. Il mentionne que les vols de café, autrefois assez rares (un par mois …) sont devenus quotidiens.

Les axes de développement du gouvernement kenyan

Pour atteindre son objectif de 60.000 tonnes en 2017 et plus, le gouvernement kényan a décidé d’utiliser plusieurs leviers :

  • amélioration de la qualité des plantations de café, notamment d’un point de vue écologique (avec l’introduction de nouveaux plants, moins fragiles, grâce au support de l’Institut de Recherche du Café)
  • subvention des petits agriculteurs, notamment pour les engrais
  • développement du marché intérieur, pour stabiliser les cours
  • support à l’établissement de 20.000 nouveaux producteurs de café et aux 275 coopératives
  • soutien à la transformation sur place, aujourd’hui plus de 90% de la production est exportée « brute »

2017 est aussi une année électorale. Si le Kenya arrive à atteindre ses objectifs, preuve que la réorganisation de la filière café est enfin sur les rails, ce sera un point important dans la course aux urnes !

Deux femmes montrent les plants de café reçus

Plantations durables : des plants de cafés plus résistants sont mis en place dans les fermes

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