La lente descente aux enfers tunisienne

La lente descente aux enfers tunisienne
La lente descente aux enfers tunisienne

On avait pu penser que les manifestations qui furent à l’origine du Printemps Arabe étaient moins violente en Tunisie qu’en Egypte, par exemple. On avait surtout pensé qu’une fois la démocratie rétablie, ces manifestations n’auraient plus lieu d’être, et que la prospérité économique reviendrait, serait plus largement et plus justement répartie dans la population.

Ennahda avait bien promis de ne pas toucher aux acquits des femmes tunisiennes, et d’arriver à trouver un équilibre difficile entre shariâ et démocratie, entre respect des droits des uns et respect des souhaits des autres. La Tunisie, connue comme le pays le plus avancé en terme d’éducation et de statut de la femme au Maghreb (bien qu’elle soit maintenant, sur ce dernier point, dépassée par le Maroc), la Tunisie, entièrement dépendante de son tourisme et de ses activités off-shore, ne pouvait en aucun cas se permettre de donner l’image d’un pays instable, prêt à tomber dans la violence, à passer d’un printemps Arabe à une révolution intégriste et sectaire.

Elections en Tunisie

Elections en Tunisie
Photo sous licence CC BY SA de Stef de Vries

C’est donc avec stupeur qu’on a appris que, aux yeux des Etats-Unis, la Tunisie était aussi dangereuse que … le Soudan, et que l’ambassade des Etats-Unis à Tunis nécessitait les mêmes mesures et contingents de protection que celle de Khartoum.

Que le torchon vidéo qui s’appelle « Innocence of Muslims » soit insultant, c’est indéniable. Qu’il soit l’oeuvre de « l’Amérique », c’est faux (et c’est en réalité sans doute une provocation de ceux qui, au moment de la campagne présidentielle américaine, ont intérêt à jeter de l’huile sur le feu, et à rendre les choses encore plus difficile pour Obama). Qu’il justifie la mort d’innocents qui n’ont rien à voir ni dans sa réalisation ni dans sa diffusion est impossible, surtout quand ces innocents sont des ambassadeurs, des hôtes qui devraient être sacrés.

Mais que les Etats-Unis considèrent que leur personnel diplomatique en Tunisie n’est pas plus en sécurité qu’au Soudan ou en Libye, cela en dit long sur la lente dégradation qui a eu lieu dans le pays.

La Tunisie est aujourd’hui plongée dans un immobilisme dilatoire, incapable d’arriver à un texte constitutionnel qui soit accepté par tous et toutes, et donc toujours dans l’attente d’un gouvernement réellement investi, qui puisse aller de l’avant dans la réforme la plus essentielle : la reconstruction économique.

Le tourisme est en pleine déroute, quoi qu’en disent les organes de communication officiels, on voit sur les forums de voyage les craintes des touristes, et les récits, par ceux qui y sont allés, d’un pays vide. Les investisseurs sont trop frileux pour accepter de relancer des activités autres, alors même que les call centers sont menacés par les politiques internes européennes.

Sans argent, sans croissance, sans développement, sans réponse réelle à donner à ceux qui se sont révoltés avant tout pour plus de justice sociale et un meilleur niveau de vie, il est à craindre de que le gouvernement actuel se tourne vers le champs religieux pour se donner une légitimité.

Malheureusement, la base tunisienne n’est pas assez unanime pour que cela se fasse sans heurts.

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One Response Entrées suivantes »

  1. Balbutiements d’une démocratie qui se crée et vieilles antiennes de comportements qu’il sera difficile d’éradiquer, c’est la raison de ces soubresauts. Nous les vivons au nord ouest de Tunis encore aujourd’hui, en espérant que la raison l’emporte et que le souci de la stabilité d’un pays l’emporte

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