L’ANC retrouve t-elle ses vieux démons de violence ?

L’ANC retrouve t-elle ses vieux démons de violence ?
L’ANC retrouve t-elle ses vieux démons de violence ?

Le 16 août 2012 a eu lieu à Marikana le massacre des mineurs en grève de la société Lonmin. Les médias ont relayé l’information comme étant la conséquence directe d’un conflit et d’une escalade deux organisations syndicales rivales, reliant les faits à ce qu’ils décrivent comme une «violence naturelle» qui serait spécifique à l’Afrique du Sud. Mais en réalité on ne saurait isoler ces faits des legs nombreux du régime d’apartheid (aboli en 1994), des conditions présentes d’exploitation et des terribles inégalités qui s’enracinent dans la société sud-africaine.

Quelles sont les origines de cette tuerie dans cette mine de platine sud-africaine ?

Dans les faits, il s’agit d’un conflit opposant trois mille mineurs de fonds à leur employeur sur la question des salaires et des conditions de vie, conflit qui a mal tourné. Logés dans des taudis, sans eau ni électricité, travaillant extrêmement durement au fond de la mine, les mineurs perçoivent un salaire de l’ordre de cinq cent à six cent  dollars, et demandaient une augmentation substantielle. Le « substantiel » n’étant pas réellement chiffré (des sommes irréalistes ont été parfois diffusées par certains médias qui auraient cherché à discréditer les grévistes).

Ces revendications, et la forte mobilisation qu’elles ont engendrée, n’étant pas bdu goût de la direction officielle du National Union of Minewokers (NUM). Le NUM qui, soulignons-le au passage, est directement lié au système de gouvernement de l’ANC (Congrès national africain), cherchait quant à lui à mettre fin au conflit le plus rapidement possible, surtout pour ne pas se laisser déborder par les organisations syndicales locales.

Mais cette tuerie orchestrée par la police sud-africaine à l’encontre des mineurs de la firme Lonmin, a un arrière-fond historique qu’il serait bien de remettre dans son contexte. Ce massacre est en effet la résultante de longues années d’exploitation et d’oppression des travailleurs des mines d’Afrique du Sud. Ce triste évènement vient ainsi pour mettre à nu un conflit irréconciliable qui existe depuis longtemps entre la classe ouvrière, qui se considère laissée pour compte, et le gouvernement du Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir actuellement d’autre part. Or les syndicats sont des alliés historiques et objectifs de l’ANC, depuis l’époque des luttes anti-apartheid. La plupart n’ont pas su se positionner différemment et couper le cordon avec un gouvernement qu’on accuse de ne pas faire grand chose pour les ouvriers.

Une bombe à retardement dans la société sud-africaine qui a fini par exploser

Le nombre de victimes ayant péri au cours de la fusillade du 16 août 2012 a été officiellement déclaré de 34 morts par les autorités sud-africaines, mais selon d’autres sources ce nombre avoisinerait la cinquantaine avec un nombre de blessés encore plus grand dont certains dans un état critique. Ici, la discordance habituelle entre « la police » et « les organisateurs » est un très mauvais signe.

Noir sur noir : hommage aux mineurs de Marikana

Noir sur noir : hommage aux mineurs de Marikana
Photo sous licence CC BY NC SA de emilius da atlantide

A la suite de ce massacre, la police a arrêté 259 mineurs, ressortant une vieille loi du temps de l’apartheid qui lui permettait de les accuser de la mort de leurs camarades. La scène qui montre les policiers armés de fusils de combat, visant délibérément les mineurs et s’avançant sur un champ poussiéreux jonchés de cadavres et de blessés a profondément heurté le pays et l’opinion internationale.

Elle rappelle des massacres similaires qui avaient eu lieu sous le régime de l’apartheid, et notamment à Soweto en 1976. A la seule différence très marquante que cette fois l’auteur n’est pas un gouvernement blanc minoritaire acculé sur ses privilèges, rejeté par la communauté internationale, mais au contraire un gouvernement constitué de personnes autrefois farouchement opposées à ce régime, c’est-à-dire des membres de l’ANC (Congrès national africain).

L’ANC ne parvient pas à éradiquer les inégalités

Depuis qu’elle est au pouvoir, l’ANC est le porte-drapeau de la lutte anti-racisme et anti-segrégation. La nation arc-en-ciel doit abolir les inégalités et l’apartheid. Le corpus juridique, et la ségrégation fondée uniquement sur l’apparence ethnique ont effectivement été abolis. Mais c’est au prix d’une autre inégalité, économique, quiest quant à elle devenue pire que sous le gouvernement afrikaaner. En effet, l’Afrique du Sud est le pays au monde, à l’exception de la Namibie, où il y a le plus grand fossé entre la riche élite dirigeante du pays (comprenant des responsables noirs multimillionnaires de l’ancien ANC, des hommes d’affaires politiquement connectés et des dirigeants syndicaux) et les masses des travailleurs et des pauvres.

A Marikana ou ailleurs, il est inévitable qu’un jour cela explose. Aussi choquant qu’il soit, le le massacre des mineurs de Marikana reste choquant, il n’est que le symptôme du gouffre qui s’est creusé entre une majorité de sud-africains vivant dans des conditions à la limite de l’inacceptable (et qui inclus de nombreux « petits blancs »), et une minorité qui détient le pouvoir et la quasi-totalité des richesses du pays. Le conflit a enfin explosé au grand jour, et il est douteux qu’il ne soit qu’une manifestation isolée.

Quelle va être la suite ? L’utilisation, pour la première fois, de lois datant de l’apartheid (permettant la mise en accusation de tous les participants à une manifestation) fait craindre le durcissement du conflit entre un gouvernement qui campe sur ses positions, et une population qui veut obtenir une meilleure vie, et qui a déjà appris à lutter.
L’affiche qui illustre cet article est une création sous licence CC BY NC SA de Michael Thompson

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