Le (sud) Soudan aux Jeux Olympiques

Le (sud) Soudan aux Jeux Olympiques
Le (sud) Soudan aux Jeux Olympiques

Les journalistes ont surnommé Guor Marial « l’athlète sans pays », mais rien n’est moins vrai.

Bien que Marial, qui a fui la guerre civile alors qu’il était enfant, est fier d’être Sud-Soudanais, il ne portera pas les couleurs de la nation la plus jeune du monde, quand il prendra le départ du marathon Olympique le 12 août 2012 à Londres.

La République du Sud Soudan, qui a obtenu son indépendance en Juillet 2011, était dans l’incapacité d’envoyer sa propre équipe, aussi il participera aux compétitions comme un des quatre athlètes olympiques indépendants (les autres venant des Antilles Néerlandaises, qui ont cessé d’être un pays en 2010).

Le pays qu’il représente ne fait aucun doute pour lui, au contraire.

« Nous ne sommes pas allés aux jeux olympiques cette année, mais les gens vont voir que c’est un Sud Soudanais qui court, que c’est le symbole de notre drapeau, même si notre drapeau n’est pas visible ». C’est ce qu’à dit  Marial, qui s’entraîne en Arizona, aux Etats-Unis.

Une vie à courir.

Beaucoup d’athlètes olympiques peuvent parler de travailler dur et de faire des sacrifices. Mais la vie de Marial, aujourd’hui âgé de 28 ans, grandissant dans une contrée dévastée par la guerre civile et arrivant aux États-Unis comme un réfugié sans le sou, est nettement plus dure que les autres.

 

Guor Marial, entrainement marathon

Guor Marial s’entraine dans sa ville de l’Arizona

Les combats entre les rebelles du Sud et les forces gouvernementales du Soudan ont atteint son village un an avant sa naissance. Son village fait partie maintenant du Sud Soudan. Il a peu de souvenirs heureux de son enfance : 28 membres de sa famille dont plusieurs frères et soeurs ont été tués durant la guerre, tandis qu’il a lui-même été obligé de travailler d’abord pour les soldats, ensuite pour les voleurs de bétail qui sévissaient dans le nord.

« Chaque journée était une mauvaise journée. Vous voyiez quelqu’un mourir, quelqu’un être tué, vous vous demandiez tout juste si vous allez être l’une des personnes. Grandir là-bas été très difficile mais en même temps je ne savais pas qu’il y avait une meilleure vie. Je ne savais pas qu’il y avait une partie du monde qui était en paix et heureuse et où les gens pouvaient jouer quand ils étaient enfants. »

Quelques jours après qu’il ait été chargé de s’occuper des chèvres, Marial, qui avait à peu près huit ans, s’enfuit un matin à l’aube avec quatre autres jeunes captifs. Il finit par atteindre la capitale du Soudan, car tout, et à partir de là, avec un de ses oncles à atteindre l’Égypte puis les États-Unis, où les réfugiés s’installèrent à Concord, dans le New Hampshire.

Au début, Marial n’avait aucun intérêt pour la course. Il travaillait, étudiait, essayer d’apprendre l’anglais. Courir  lui rappelait aussi de trop nombreux souvenirs, quand il courait pour échapper à ses ravisseurs. « J’arrive dans un endroit qui est en paix et où personne ne me pourchasse plus, quand quelqu’un me disait de courir je lui répondais ‘Vous êtes fou’. »

Néanmoins, son énergie inépuisable a attiré l’attention d’un professeur de gymnastique qui l’a envoyé le à Rusty Cofrin, un entraîneur de steeple et country.

Cofrin se souvient de la première fois qu’il a vu Marial : il portait des baskets, des shorts trop larges et de longues chaussettes blanches. Ils partirent faire une course. « À la fin du premier mile, il n’était pas du tout essoufflé, et j’ai pensé ‘ce gamin est vraiment doué’. Il volait tout simplement. »
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Marial, qui court pour l’Université de l’Iowa, réalisa des temps qualificatifs pour les Jeux Olympiques en octobre 2011, mais ses chances de participer à la compétition à Londres semblaient minces. Il n’est pas un citoyen américain, de son côté le Sud Soudan est confronté à trop de problèmes pressants pour avoir eu le temps de mettre en place un comité olympique et organiser une équipe pour Londres.

Le comité olympique fut rapidement convaincu qu’il devait pouvoir participer. Mais marial refusa fermement la première suggestion : courir pour la république du Soudan. La guerre entre le Nord et le Sud a fait des millions de victimes et a laissé le Sud Soudan en ruines. Les relations entre les deux pays sont toujours extrêmement fragiles ; des incidents à la frontière, plus tôt dans l’année, ont alimentés les peurs d’un retour à l’état de guerre. (…)

Fier d’avoir un pays.

Participer à la compétition à Londres est un moyen pour Marial de remercier ceux qui l’ont aidé sur son chemin et particulièrement les familles de ses camarades de classe l’ayant hébergé durant toutes ces années à l’école.

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La plus grande partie de la famille de Marianne est restée au Sud Soudan. Les communications sont difficiles, comme ils n’ont pas d’électricité au village et cela fait cinq ans qui n’a pas parlé à son père. «J’aimerais tant pouvoir lui parler avant d’aller aux jeux olympiques. »

Il espère que sa famille pourra le regarder courir le marathon, bien que pour cela, ils devraient marcher 64 km jusqu’à la ville la plus proche, étant donné que la saison des pluies rend les routes impraticables en voiture. « J’ai appelé quelqu’un de ma famille pour qu’il aille à la maison dire à mes parents que je participe aux jeux olympiques, que cela serait bien s’ils pouvaient me regarder à la télé. »

Il fait qu’il a peu de chances d’être sur le podium et il dit qu’il participe à la compétition avec un esprit ouvert et pas beaucoup d’attentes.

Quel que soit le résultat à Londres, Marial est heureux d’avoir un pays qu’il peut dire sien.

« C’est la meilleure chose qui soit au monde. Quand vous n’avez pas de maison, vous pouvez seulement aller d’hébergement en hébergement, parfois vous vous sentez dans un no man’s land simplement parce que vous n’avez pas de maison. Je suis fier d’avoir un maison. C’est un sentiment tellement spécial ».

 

(Cet article est traduit d’un original en anglais de l’IRIN news service )

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One Response Entrées suivantes »

  1. Malheureusement, c’est toujours très difficile pour les athlètes africains. Entre les enfants qu’on sépare de leurs famille pour les « dresser » dans des clubs de foot, et les athlètes qui n’arrivent pas à vivre et s’entrainer. Vous le dites bien, le sport n’est pas toujours une priorité, mais il y a beaucoup de situations dramatiques. Comme celle de cette jeune somalienne qui est morte en essayant de rejoindre clandestinement l’Europe !

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