L’Afrique pourrait-elle s’unir ?

L’Afrique pourrait-elle s’unir ?
L’Afrique pourrait-elle s’unir ?

Les divisions de l’Afrique sont nombreuses.

Conflits hérités de l’époque coloniale et exacerbés par des frontières sans aucun lien avec les réalités culturelles et ethniques, compétition pour les ressources rares ou pour l’eau (le Soudan et le Sud Soudan en étant un bon exemple), importation de conflits extérieurs que les grandes puissances se livrent sur le sol africain, oppositions politiques, religieuses et, finalement, héritages de conflits intra-africains souvent très anciens, en particulier entre pasteurs et agriculteurs… les raisons de se déchirer ne manquent pas, et rarissimes sont les pays de l’Afrique post-coloniale qui peuvent se vanter de n’avoir jamais connu de violences.

Même sans aller jusqu’au conflit, l’Afrique n’est pas un pays. C’est un immense continent dont la diversité religieuse, historique et culturelle est bien plus grande que celle de l’Europe.

Les racines chrétiennes de l’Europe sont une réalité, même si l’histoire est en réalité nettement plus complexe. Mais à partir du Moyen-Âge, l’Europe reconnait une religion, même si elle ne sera jamais totalement unie derrière une seule mitre, le Pape romain a dû composer avec Byzance avant de faire face aux séparatismes anglicans puis protestants.

Malgré la violence des oppositions religieuses, en Europe, tout le monde croit à un Dieu unique. En Afrique, malgré les missionnaires, le chamanisme et l’animisme sont encore tellement vivants…l’islam s’inscrit dans un contexte très différend selon qu’il a été apporté par les « cavaliers d’Allah » lors des premières conquêtes, en Afrique du Nord, ou par les marchands, dans une grande partie du reste de l’Afrique, les christianismes du colonisateur ont intégré la réalité africaine et de nombreux pays africains connaissent une diversité religieuse qui a disparu en Europe dès les premiers siècles de la christianisation.

Ethniquement parlant, sans rentrer dans le débat nauséabond de la « race », le socle européen est aussi beaucoup moins divers que celui de l’Afrique. L’Europe de l’Ouest s’est sédentarisée dès l’Antiquité, les envahisseurs germains abandonnent quasiment immédiatement leur mode de vie nomade pour s’intégrer à une organisation politique héritée des romains. Les quelques peuples nomades restent aux frontières du continent, vers les steppes qui se fondent dans l’Asie Mineure. A l’inverse, en Afrique, l’opposition entre pasteurs nomades et agriculteurs sédentaires est toujours d’actualité.

La question est donc très simple :

L’Afrique peut-elle réellement espérer construire une unité supranationale alors que l’Europe est en train d’échouer face à la crise ?

Nul besoin de Brexit…. l’Union Africaine, qui est un rebranding de la défunte Union de l’Organisation Africaine, laquelle succédait déjà à l’éphémère Union des Etats Africains, peine à unir réellement les pays africains. Elle est d’abord loin d’être la seule union.

auxquelles se rajoutent des communautés internationales dont les membres ne sont pas seulement africains, mais qui jouent un rôle important.

Ainsi, le Maroc a signé un accord de coopération privilégié avec la Communauté Européenne, de nombreux pays africains anglophones sont membres du Commonwealth, tandis que les anciennes colonies françaises sont membres de l’organisation de la francophonie. Enfin, les pays musulmans sont aussi membres de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI).

Les organes de l’Union Africaine sont en cours de création. L’idée d’une banque centrale est séduisante, mais est-elle réaliste quand de nombreux pays sont déjà accrochés à la zone euro ? Le parlement a-t-il un sens quand les dénis de démocratie sont si nombreux sur le continent africain ? Quel électeur en a entendu parler ?

Bref, le passeport africain, le retour du Maroc dans l’Union Africaine, est-ce un signe que cet organisme commence à prendre du poids, ou bien la marque de voeux pieux qui n’aboutiront pas ?

S’unir face aux menaces : une union politique est-elle possible ?

L’Union Africaine est intervenue pour réguler des conflits africains, en support ou en remplacement des forces de paix de l’ONU. La force africaine est difficile à mettre en place, elle reste limitée, pourtant elle marque une volonté de ne plus abandonner à l’étranger la résolution des conflits locaux.

Est-ce suffisant pour arriver à une union politique ? Celle-ci est toujours basée sur une union économique, qu’elle en soit le socle, comme pour les États-Unis d’Amérique, ou qu’on espère (en vain ?) la voir s’installer après avoir mis en place l’union économique, comme en Europe.

Or les disparités économiques sont immenses. A côté de quelques locomotives qui jouent un rôle prépondérant au niveau régional, comme le Maroc, l’Afrique du Sud ou le Kenya, d’autres pays sont encore sous une tutelle économique exercée par de grandes entreprises internationales et / ou victimes d’une corruption effrénée comme le Nigeria.

Quels centres pour une Afrique Unie ?

L’Europe s’est faite grâce à l’alliance de la France et de l’Allemagne, deux pays voisins qui partagent une histoire commune sur près de deux mille ans, les jeunes États-Unis ont failli exploser à cause de l’opposition économique entre états du nord industriels et anti-esclavagistes et états du sud, agricoles et esclavagistes.

Les leaders régionaux ne sont pas obligatoirement les pays les plus riches. Les discrets et prospères Botswana, Namibie ou Burkina Faso, par exemple, n’ont pas la même influence sur la scène politique que l’Afrique du Sud. En Afrique du Nord, les cartes ont été fortement redistribuées avec les printemps arabes et les troubles qui ont suivi. La Libye a perdu sa place pour longtemps, l’Égypte reste un grand pays, mais essentiellement centré sur ses problématiques internes, très loin de l’éphémère République Arabe Unie nassérienne.

Or une union ne peut être durable que si les leaders coopèrent. Le Maroc rêve d’un rôle prépondérant au Maghreb et en Afrique noire, mais il n’arrive pas à résoudre le conflit du Polisario. Faire exclure la RASD de l’Union Africaine comme corbeille de retour du fils prodigue est un beau succès diplomatique, il ne fera pas tomber le mur construit pour se protéger du voisin algérien.

Un passeport unique est-il utile ?

Le commerce africain est entravé par des barrières règlementaires, fiscales, douanières et physiques. Le conflit ont rendu de plus en plus difficile la traversée du continent. Si la Chine compte étendre la nouvelle route de la soie au moins jusqu’à Tanger, Agadir, Nouakchott, qu’en est-il de la traversée saharienne ? Les passeports permettront-ils de lutter contre les bandes armées des différentes factions islamistes qui vont de dunes en regs ?

Si les premiers passeports de l’Union Africaine ont été distribués uniquement à des chefs d’état, les passeports doivent être distribués (ou du moins accessibles) à tous les citoyens de l’Union à partir de 2018. Au delà du geste symbolique, la libre circulation contribuera-t-elle plus au développement que la marche vers une réelle égalité économique ?

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